Kolumne
Plus de Suisse à l’ONU, plus d’ONU dans le monde
de Sebastian Justiniano Birchler | Februar 2018
Depuis son adhésion en 2002, notre pays est devenu un partenaire fiable de l’ONU. Désormais, la Suisse doit devenir un partenaire influent, dans son intérêt et dans celui du maintien des principes et valeurs partagés avec l’ONU. En d’autres termes, il nous faut plus de Suisse à l’ONU et plus d’ONU dans le monde.

La transformation du monde vers une multipolarité qui recherche ses équilibres offre à la Suisse l’opportunité de se positionner avec ingéniosité pour, d’une part, renforcer son soft power et, d’autre part, agir en vue de l’adaptation du système multilatéral actuel. En effet, le monde se reforme sous des contours qui semblent de moins en moins flous, bien qu’encore mouvants. De cette réalité, il découle une nécessité de réformer le système qui l’encadre, à commencer par l’ONU.

Pour un pays de la taille et du poids de la Suisse, l’enjeu est fondamental : ne pas se retrouver à la marge, isolée, quasi aphone, comme ce fut le cas au lendemain de la fin de la Guerre froide (hors de l’ONU et hors de l’EEE). C’est pourquoi elle doit saisir les opportunités qui lui confèrent un pouvoir d’influence accru.

Être régulièrement élue au sein des organes décisionnels principaux des Nations Unies pour y disposer d’une voix – et en faire usage - constitue une voie principale pour la Suisse. Nul doute que sa candidature pour un siège de membre non-permanent au Conseil de Sécurité en 2023 et 2024 servira de test majeur. Le succès ou non dans cette épreuve dépendra dans une large mesure de l’investissement politique du Conseil fédéral et en premier lieu du Conseiller fédéral Ignazio Cassis.

En plus d’une voix décisionnelle, la Suisse se doit de disposer d’un réseau plus dense de Suisses et Suissesses à des postes clés de l’administration onusienne. Les efforts en la matière existent mais doivent redoubler, notamment en usant de manière plus opportune du levier financier dont la Suisse dispose au sein du système des Nations Unies et en développant des instruments incitatifs performants visant à favoriser les carrières de nos expert-e-s et diplomates dont les compétences sont reconnues et appréciées.

La Genève internationale, un atout à mieux exploiter

Source d’influence diffuse, au cœur du soft power suisse, la Genève internationale est un fleuron de la diplomatie suisse. Comme Etat hôte, la Suisse doit - comme elle le fait déjà depuis quelques années - à la fois sauvegarder les capacités et développer les potentialités de ce lieu en tant que centre de solutions aux défis mondiaux. Comme Etat membre, la Suisse doit mieux exploiter cet atout dans son agenda politique multilatéral – mais aussi bilatéral - pour faire entendre sa voix auprès des décideurs. En somme, l’offre d’hospitalité de réunions internationales doit s’accompagner d’une véritable stratégie de prise de participation à ces réunions, particulièrement dans les domaines où la Suisse jouit de qualités spécifiques et est porteuse de solutions crédibles et légitimes.

Au plan national, la lisibilité et la visibilité de la politique de la Suisse à l’ONU ainsi que de l’action de l’ONU laissent encore à désirer. Pourtant, des activités récentes - ou à venir comme la 1ère Journée Suisse-ONU du 23 mars 2018 -, ont montré que les citoyens de ce pays s’intéressent à ces questions. Il convient de répondre de manière appropriée et dans une logique pérenne à cet intérêt. Dans une démocratie aussi exigeante que l’est la démocratie suisse, générer l’adhésion populaire est une condition à satisfaire constamment. Sur le plan de la politique fédérale, des initiatives comme l’initiative de l’Alleingang (primauté du droit suisse sur le droit international) et les tentatives jusqu’ici avortées de coupes budgétaires par exemple dans la coopération au développement vont à l’évidence contre le renforcement de l’influence de la Suisse au plan international. Elles visent même à son affaiblissement, au moment même où les dynamiques internationales révèlent des occasions d’engagement plus marqué.

Parce qu’ils nous concernent tous et qu’il est préférable de participer des décisions plutôt que de les subir, les défis mondiaux actuels – de la résolution de conflits internationaux dramatiques à la mise en œuvre de modes d’existence durables pour l’humanité –, requièrent non pas moins, mais davantage de multilatéralisme. Ils ne requièrent pas moins, mais davantage de Suisse. Pour être en condition et en capacité de relever ces défis, l’ONU doit indéniablement se réformer pour ne pas être marginalisée. La Suisse, quant à elle, doit considérablement développer son influence, en coulisses et au grand jour, tout en jouissant du soutien interne nécessaire, pour ne pas être isolée. Nul n’a d’intérêt à l’émergence d’un monde davantage instable et imprévisible. Un scénario qui s’il advient porterait fortement préjudice aux intérêts et valeurs fondamentales de la Suisse.

Sebastian Justiniano Birchler est Président de l’Association Suisse-ONU (www.suisse-onu.ch).
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