Editorial
De la bonne utilisation des relations bilatérales pour nos relations européennes
von Laurent Wehrli, Vice-président de l'ASPE | Mai 2021
De bonnes relations avec les pays membres de l’Union européenne sont essentielles dans la poursuite de notre dialogue avec l’Union. Bien que la Suisse y est attentive, des stratégies complémentaires doivent être développées, d’autant plus après la décision du Conseil fédéral d’arrêter les négociations sur l’Accord cadre.

L’Union européenne est composée de 27 Etats membres. Elle est conduite par des organes propres, comme la Commission européenne, le Conseil européen et le Parlement européen. Les relations avec les Etats tiers comme la Suisse sont gérées par la Commission au nom des Etats membres. Cette dernière en rend compte au Conseil, respectivement à des comités ad-hoc comme celui des Ministres des affaires étrangères.

Mais ce n’est pas pour autant que les Etats membres n’auraient plus de rôle important à assurer dans les relations avec la Suisse. L’ancien président de la Commission José Manuel Barroso me disait que les relations entre l’Union européenne et la Suisse dépendaient principalement des relations que nous avons avec nos voisins directs! En y réfléchissant, c’est bien normal, puisque la majeure partie de nos relations est en lien avec les pays voisins: économie (exportations, importations, places de travail, délivrance de prestations transfrontalières, reconnaissances mutuelles des marchandises, etc.), sécurité (police, sanitaire, protection de la population, etc.), écoles et études, recherche, flux culturels, circulation transfrontalière des personnes et des biens, etc. sans oublier les liens si importants entre les personnes et les familles, et le fait de partager une histoire bien souvent commune.

La récente déclaration du Ministre-Président du Land Bad-Württemberg Winfried Kretschmann en faveur du renforcement encore des relations entre la Suisse et l’Union européenne démontre une fois encore combien ces relations sont importantes et essentielles tant pour la Suisse que pour les pays européens et notamment les régions voisines. Pour lui, un développement des relations seraient bénéfiques aux deux parties: « C’est une situation gagnante jusqu’à présent pour les entreprises et les personnes des deux côtés de la frontière». Dans cet interview, il demande encore de regarder davantage vers l’avenir: «Notre concurrence ne se trouve pas à notre porte, mais principalement en Asie».

Rappelons ici, à titre d’exemple, que la balance commerciale entre la Suisse et le Bade-Wurtemberg ou la Bavière est plus élevée que celle entre la Suisse et la Chine. La Suisse est le premier pays d’importation pour le Bade-Wurtemberg et le troisième pour les exportations.

Dans cette période complexe et si délicate de nos relations avec l’Union européenne il est donc particulièrement important de soigner les relations avec les pays voisins.

Heureusement, nos relations avec les pays voisins peuvent être qualifiées de globalement bonnes. Mais nous devons y être attentifs. Des bonnes relations peuvent rapidement se détériorer: que ce soit pour des questions de travailleurs frontaliers et en particulier de leur imposition, pour des récriminations d’entrepreneurs par exemple allemands souhaitant une plus grande liberté de travail en Suisse, ou pour d’autres problèmes transfrontaliers.

Le Conseil fédéral y est attentif. Les rencontres entre autorités et responsables au sein des administrations sont nombreuses. Mais elles sont souvent de niveau bilatéral, voire des partenaires de langue germanique. Pourquoi ne pas imaginer de nouveaux contours avec par exemple les représentants au plus haut niveau de tous nos pays voisins membres de l’Union européenne? L’inauguration du tunnel de base du Gothard avait presque permis la mise sur pied d’un tel Sommet. L’entraide suisse dans le cadre de l’actuelle pandémie pourrait par exemple être une source d’une telle rencontre, qui permettrait aussi d’aborder très directement la place de la Suisse dans l’Europe.

C’est aussi, cela serait aussi des occasions majeures pour aborder l’ensemble des liens entre la Suisse, les pays voisins et l’Union européenne, y compris la politique de défense, celle du transit en matière de transports tant de marchandises que de personnes. Ce n’est qu’en conduisant une politique globale et holistique sur l’ensemble de nos relations avec l’Union européenne, ses Etats membres et la Suisse que nous pourrons trouver les bonnes solutions au maintien de la voie bilatérale, à son ancrage aujourd’hui et son développement aux besoins de demain, au profit tant de la Suisse et de ses habitants que de nos voisins, avec lesquelles nous partageons tant !
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