Editorial
Autriche: élections présidentielles et populisme de droite
Lorsque les populistes de droite menacent d’arriver au pouvoir, les systèmes présidentiels s’avèrent risqués. Une dépersonnalisation de la politique renforce la démocratie.

Le deuxième tour pour l’élection de la présidence en Autriche doit être repassé; ainsi en a décidé la Cour constitutionnelle. Le fait même qu’un candidat de l’extrême droite arrive en tête du premier tour des élections a été un signal d’alarme. Cela s’inscrit parmi d’autres peurs qui tourmentent l’Europe aujourd’hui. En France, l’élection de Marine le Pen à la présidentielle 2017 est-elle devenue possible?

Tous les partis de la droite populiste en Europe sont liés par leur attaque contre l’Union européenne, qui peut aller jusqu’à la revendication d’un vote populaire sur une sortie de l’UE. Le Brexit a déjà été accepté. Dans des états comme la Suisse, qui n’est pas – ou pas encore – devenue membre de l’UE, on observe le même état d’esprit d’une lutte acharnée contre l’adhésion à l’UE. Le phénomène de la recrudescence du nationalisme est visible dans toute l’Europe et il est nécessaire de l’aborder de manière comparative.

Les partis nationalistes engendrent un affaiblissement de la démocratie, en ce sens qu’ils placent des slogans à la place d’une appréciation différenciée des questions politiques. Ils cherchent ainsi à rallier les gens par les ressentiments et la haine. De plus, l’appréciation différentiée est remplacée par l’identification avec les personnes. La personnification est un moyen éprouvé pour étouffer le débat démocratique. Certes la politique a besoin de personnes qui sont en mesure de défendre leurs idées de manière compréhensible, mais dans la démocratie les idées doivent rester contestables; la toute-puissance de leaders n’y a pas sa place.

Les attaques populistes s’appliquent également aux garanties de l’état de droit. En Hongrie, Pologne et notamment en Turquie, les cours constitutionnelles sont affaiblies ou leurs décisions ignorées. Les majorités parlementaires ne sont pas respectées dans le but de changer les structures vers plus de pouvoir présidentiel, conduisant ainsi à un affaiblissement du rôle du parlement. Une telle tentative d’abrogation du pouvoir du parlement a également été entreprise par les populistes de droite en Suisse ; non pas au bénéfice d’un pouvoir présidentiel, mais au bénéfice du «peuple». L’initiative de mise en œuvre de l’UDC représentait une attaque massive contre l’état de droit suisse. Une grande majorité, justement celle de ce peuple, en avait bien deviné les intentions.

Dans toute l’Europe les populistes de droite veulent plus de démocratie directe, particulièrement pour les décisions sur l’Union européenne. Le mouvement « Alternative für Deutschland » demande un vote populaire pour l’élection du président fédéral qui est aujourd’hui élu pour de bonnes raisons par un parlement élargi. En Autriche, face au candidat de la droite populiste, une certaine prise de conscience a eu lieu concernant le large spectre de compétences que la Constitution de 1929 avait donné au président, bien que ces prérogatives n’avaient jusqu’à lors jamais été invoquées. Dans les mains de populistes de droite, les gouvernements présidentiels peuvent s’avérer dangereux. Cela s’observe actuellement dans les deux plus anciens systèmes présidentiels aux États-Unis et en France avec les candidatures de Trump et de Le Pen.

Dans ce contexte, la Suisse peut s’estimer chanceuse que sa démocratie ait été radicalement dépersonnifiée il y a fort longtemps. La présidence du Conseil fédéral et du parlement qui change chaque année serait également loin d’être dangereuse si l’on devait passer à des durées de mandats plus longues. L’élection populaire du Conseil fédéral a aussi été refusée en 2013 à plus de trois quart des voix. Il est toutefois regrettable que les appels à plus de démocratie directe de la part des camps nationalistes européens représentent toute autre chose et qu’ils empêchent une discussion factuelle sur ce thème. La décision populaire de 2013 précitée, l’acceptation de la révision de la loi sur l’asile le 5 juin dernier et, encore plus clairement, le rejet de l’initiative de mise en œuvre, sont autant d’éléments qui prouvent que la démocratie directe n’a rien à voir avec le populisme de droite.
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