Kolumne
8 femmes – Du film à la diplomatie
de Emilia Pasquier | März 2015
« Existe-t-il des situations où vous auriez préféré être un homme ? » Première question posée aux huit ambassadrices présentes à l’Université de Zurich au lendemain de la Journée Internationale de la femme. Toutes répondent par la négative. Je respire.
Lorsque le foraus – Forum de politique étrangère a été approché afin d’organiser un événement sur les femmes dans les affaires internationales avec huit ambassadrices, je n’ai pas hésité à accepter le défi. Il n’est en effet pas banal de réunir dans une salle d’université huit ambassadrices originaires de Bulgarie, du Canada, de Colombie, des Etats-Unis, du Liechtenstein, de Serbie, de Slovaquie et de Suisse. Leur discours concernant leur place de femme dans le monde international prête à une réflexion d’actualité alors que le DFAE ouvre justement sa procédure de recrutement pour le concours diplomatique.

Casting : Ambassadeurs ou Ambassadrice
Bien que le terme « Ambassadrice » existe depuis plusieurs siècles, il a longtemps désigné la femme de l’Ambassadeur et non la possibilité qu’une femme puisse elle-même représenter son pays. Véritable bastion masculin, le monde des diplomates est longtemps resté fermé aux femmes. Avant le début des années septante, les grandes instances internationales pouvaient être comparés à des Gentlemen’s club. Qui se rappelle que la première femme suisse a reçu le titre d’Ambassadeur en 1977 ? Aujourd’hui encore, les chiffres sont tenaces : le corps diplomatique compte actuellement un peu plus de 30% de femmes et le Conseil de sécurité de l’ONU, organe symbolique des relations internationales, vient de dépasser le tiers de participation féminine depuis 2014.

Répartition des rôles : pourquoi faut-il toujours une mère ?
Sujet numéro 1 lors d’interviews de femmes diplomates, la question du genre s’ouvre inévitablement sur une liste de clichés. Plus d’un demi-siècle après les premiers écrits féministes modernes, la question des femmes diplomates s’aborde encore trop souvent de manière archaïque et l’événement de Zurich n’a pas fait exception. Si l’on a longtemps refusé aux femmes l’accès à une carrière de diplomate par un soi-disant manque d’agressivité ou de leadership, le XXIe siècle met ces mêmes femmes sur un piédestal pour leur capacité d’écoute et de compassion. Le cliché de la mère innée se cachant en toute femme ressurgit inexorablement. Si les avis des huit ambassadrices présentes à Zurich étaient partagés sur la question, il me semble que cette approche quasi-freudienne de la diplomatie n’a plus sa place dans une société moderne et libérale.
Si l’on sort un peu du monde diplomatique pour observer un autre type d’organe régulièrement décrié en matière de participation féminine – le conseil d’administration – les arguments encourageant une plus grande participation féminine semblent plus adaptés. Indépendamment des caractéristiques prétendument féminines, la participation des femmes (et des autres minorités) est largement souhaitable dans les organes décisionnels: « Diversité =performance ». En 2012, une étude du Crédit Suisse démontrait que sur une durée de six ans, le cours d’une entreprise ayant au moins une femme au sein de son conseil d’administration dépassait de 26% que ceux n’en comptant pas. La participation des femmes dans les postes à haute responsabilités ne devrait donc pas se justifier par leur caractéristiques soi-disant féminines, mais bien plus par leur apport dans un groupe ayant un objectif commun.

Remake : Huit Ambassadrices
Le lancement de la phase de recrutement pour le concours diplomatique est une belle opportunité pour mettre en lumière quelques pistes afin de rendre notre diplomatie, elle-aussi, plus performante en augmentant la participation féminine.
Alors que, durant une courte période, des mesures ont été prises afin de garantir un nombre de candidates sélectionnées, il serait très intéressant de se concentrer sur le nombre de candidates se présentant au concours. Bien que l’entrée dans la diplomatie soit très différente d’un pays à l’autre, les Ambassadrices semblaient s’accorder sur un point : les femmes sont moins nombreuses à déposer leur candidature. L’importance d’une politique de « leading by example », soit d’une réelle mise en valeur du parcours de ces femmes semble ici cruciale. Mettre en lumière ces carrières féminines permettra d’ouvrir le champ du possible pour celles qui hésitent.
La valorisation des Ambassadrices passe non seulement par une plus grande présence médiatique, mais aussi par une valorisation dans les affectations diplomatiques des Ambassadrices. En effet, bien qu’en Suisse le nombre de diplomates femmes ait quadruplé au cours des quinze dernières années, les postes auxquels ces dernières sont affiliées sont considérés comme moins prestigieux. La nomination pour la première fois d’une Ambassadrice à Berlin semble être de bon augure pour la suite.
Restera encore à oser le titre féminin, mais je sais bien, Madame l’Ambassadeur, l’Ambassadeure ou l’Ambassadrice, que les traditions ont la vie dure !
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